Histoire

UN PASSÉ TOUJOURS PRÉSENT

Histoire d’une troupe de Théâtre amateur
De 1998 à 2020
Racontée par Claude CATULLE

Prologue

Il y a parfois des dimanches inattendus, où le soleil hivernal vient casser l’ennui dominical habituel. C’est un jour de Toussaint insolite, lumineux, vaguement réconfortant. On serait tenté d’oublier la morosité d’un conditionnement sanitaire et la situation sociale anxiogène, pour apprécier le calme de l’appartement, la douceur du climat, la lumière sur les arbres du parc et la solitude, cet ennemi fidèle des fins de semaine.

Pas de famille, les amis sont absents, et le téléphone muet. L’écran de télévision est fermé au bruit des programmes imbéciles ; je savoure le silence propre à la rêverie qui m’amène aux souvenirs. Une envie me prend de regarder les gros albums de photos des spectacles de la troupe de théâtre que j’anime depuis plus de vingt années. Que de visages retrouvés parce que jamais oubliés, d’amitiés, de travail, d’émotions partagées. Tous  ces comédiens amateurs et bénévoles, aux talents divers, mais à l’engagement total, ont suivi mes conseils, mes encouragements, quelquefois mes colères, et compris mon désir de les amener à se dépasser, pour réussir à atteindre le niveau de professionnalisme qui a fait de cette troupe une référence pour un public devenu fidèle.

Le grand âge arrivé et les forces perdues, vont obliger à la quitter, à transmettre ce qui a été depuis plus de 20 ans ma passion partagée. Ces albums ouverts m’ont donné l’envie de raconter ce que le souvenir m’en reste. Voilà donc, sortie de mes rêves, l’histoire du Théâtre- Passé- Présent qui commence en 1998.

L’ADÉMO

Au début de ma longue carrière professionnelle j’avais rencontré Jacques Marin. Il faisait partie de la distribution des « Pas perdus » de Pierre Gascard au théâtre Fontaine dont j’avais fait le décor. Il y avait avec lui Guy Bedos et Claude Rich qui débutaient en fils de Valentine Tessier. Madeleine Barbulée avec Rosy Varte leur donnait la réplique. Je devais les retrouver tous, souvent, à la télé, devenus des vedettes. Jacques Marin était un comédien très populaire, par son talent mais surtout par son physique de français moyen- type aux yeux des américains, qui devait le conduire jusqu’à Hollywood où il partageait la vedette avec les plus grands, « au-dessus du titre ». Ce qui est l’expression consacrée. Il s’était retiré à Mougins où, pour s’occuper il avait créé un cours de comédie ; En toute simplicité ce cours s’appelait « l’Adémo » (abréviation de l’Académie de Mougins). Il m’avait demandé de venir un soir présider une fin d’exercices d’élèves, ce que j’avais fait bien amicalement et sans suite à en attendre. Nous nous fréquentions peu ; quelques déjeuners sympathiquement amicaux  de temps à autre ;  mais devenu malade il m’appela à son secours. Un projet commencé lui tenait à cœur. Ses élèves toutes  féminines, désireuses de jouer une pièce, avait commencé de répéter « Huit femmes « de Robert Thomas. Tu verras me dit-il, certaines sont douées, fais les  répéter en attendant que je guérisse, …que je sorte de l’hôpital ! Il devait hélas nous quitter laissant tout ce petit monde tristement désemparé.

Je me devais de continuer son œuvre, je me mis à reprendre la distribution en main, après quelques changements. Après beaucoup de travail et après avoir obtenu de la mairie l’apport des services techniques pour construire un décor suffisant, nous allions avoir un succès certain. Ce qui était fort encourageant, pour moi et pour elles qui souhaitaient que je continue à m’occuper de ce travail commencé. Une vraie cohésion amicale était en train de se former.

1998-1999 SAISON 1 « Huit Femmes » de Robert Thomas

Il y avait là Chantal Rivoire, une vraie personnalité qui allait devenir mon égérie ; et puis Sylvie Picat, que je distribuais dans la bonne perverse, en la changeant de coiffure ; et aussi Sylvie Bricca qui allait très bien jouer la fille agressive ; l’opulente Nicole Pils allait être la gouvernante en nous imposant ses petites manies, sa personnalité multiple et compliquée, Joelle Janin, l’avocate prendrait les traits de la mamy et enfin Annie

Montanella au caractère difficile et décidé qui allait quitter la troupe rapidement, sur un malentendu.

Il y avait enfin Stéphanie Gazagne  qu’il était de bon ton d’appeler « la merdeuse », parce que la plus jeune, et peut être la plus douée, et qui sera toujours et encore maintenant  notre « Steffie » Indispensable. De diriger cette pièce a réveillé en moi ce désir confus que j’avais de mettre en scène depuis toujours, et j’avais souvent surveillé dans ce but le travail des réalisateurs à la télévision ou plus encore au cinéma. Cette passion du théâtre qui ne m’a jamais quitté, trouvait là son expression définitive. Je réalisais que j’avais toujours souhaité cela : être le maître d’œuvre ; surveiller à la fois les décors et costumes et l’expression des comédiens, je me sentais des leurs. Je ressentais le désir de les aider à s’exprimer, à trouver en eux l’émotion des personnages. Il me semblait utile d’apporter un peu de mon savoir à un manque de connaissances théâtrales évident. Je me sentais devenir un autre, ils m’ont aidé en cela et de cela je les remercie.

Ces six femmes allaient devenir la base même d’une troupe à venir. Elles me pressaient de trouver des textes pour continuer  après que les représentations des « Huit femmes «  soient terminées. Je pensais à ce que m’avait dit Jacques, trouver de quoi » faire avec son cheptel.

C’est alors que je pensais puiser dans les souvenirs de ce que j’avais aimé dans ma jeunesse. Ce qui  m’avait laissé une trace. Les grands succès que l’on ne joue plus seraient la base du répertoire. Il fallait trouver un nom pour cette troupe à naitre. L’Ademo ne convenait plus ; un autre nom s’imposait : Théâtre Passé-Présent.

Je l’ai imposé à la mairie. Ça n’a pas été facile, l’ancien maire ne voyait pas l’utilité d’un changement. Mais le succès remporté par les « Huit femmes » a balayé tous les obstacles.

1999-2000 SAISON 2 : « Virage dangereux »  de J.B Priestley

La pièce qui me vint immédiatement à l’esprit fut « Virage dangereux ». Je devais avoir 15 ou 16 ans quand je la vis au théâtre de l’Œuvre dans l’impressionnante mise en scène de Raymond rouleau. C’était magique. Je me souviens de tout, du décor de boiseries envoûtant et clos, de la couleur des robes, du long bijou que portait Freda, et surtout d’Hélène Perdrière qui jouait Olwen dans une robe de velours noir au corsage clouté de strass, suprême d’élégance. Cette pièce était devenue ma mascotte, j’en rêvais.

Je l’ai montée au service militaire quand la classe 49/3 a été obligées de rester à la caserne de Hoffenburg (Allemagne) six mois de plus. Le colonel cherchait comment nous occuper, je lui ai proposé de monter deux spectacles. Le premier « Morts sans sépulture » de Sartre a été bien accueilli. J’ai alors passé le cap, et proposé « Virage »,  qui a été un énorme succès.

La fille du commandant jouait Olwen, celle du capitaine interprétait Freda, l’autre, je ne sais plus. Elles étaient habillées par leurs mères qui avaient prêté les robes du soir. Mon copain Bernard jouait Robert, je m’étais réservé le rôle de Stanton, et Claude Colin était un Gordon très attachant et plein de sensibilité. Nous avons dû donner plusieurs représentations tant le spectacle avait plu. Les gradés nous foutaient la paix, et nous avions un certain prestige aux yeux des bleus qui arrivaient C’était devenu ma pièce fétiche, et quand 20 ans plus tard Stellio Lorenzi l’a montée pour la télévision, je n’ai pas manqué de postuler pour en assurer les costumes. René Faure était Freda et Éléonore Hirt jouait Olwen. C’était pour moi deux amies, nous avions déjà beaucoup travaillé ensemble. C’était un régal !

J’ai donc proposé de nous investir sur cette pièce, mais il fallait d’abord trouver les comédiens pour les rôles d’hommes, car si j’avais le casting féminin, les huit femmes étaient le seul élément de la troupe. J’avais rencontré le nouveau maire Monsieur Richard Galy, et nous avions sympathisé. Il était plus ouvert à la culture que son prédécesseur et avait gardé l’idée d’un festival de théâtre amateur qu’un certain Tony Cousin animait. C’est donc dans ce festival annuel que l’on avait demandé de présider une fois, que j’ai découvert Alain Demaret (par ailleurs journaliste à Cannes- radio) et Ronald Lemaire. Comment Éric Louis s’est présenté  un jour ? Je ne sais plus ; mais il a postulé pour le rôle de Gordon et je l’ai retenu. Le casting était complet.

Chantal Rivoire était Freda, Stéphanie Gazagne jouait Betty et Sylvie Picat était une superbe Olwen dans une robe de taffetas noir coupée dune longue écharpe rose. Le lycée des coteaux où j’étais allé faire une prestation professionnelle qui m’avait rapproché de la directrice, m’avait ouvert ses ateliers. Toutes ces dames étaient très joliment coiffées par un ami de Chantal, Serge, adorable garçon, coiffeur à Mougins, drôle et pittoresque qui s’était sans succès essayé à la comédie  mais avait dû renoncer. Le malheureux est mort soudainement quelques mois plus tard. Ça été pour nous tous un grand chagrin.
Restait le décor.
J’avais eu l’idée, entre parenthèse bizarre alors, de ramener la pièce à un canapé d’angle complété d’un bar, posés sur un tapis accroché verticalement aux cintres, qui descendait couvrir le plateau. Une porte et une fenêtre indispensables, une petite table avec un jeu d’échec, quelques chaises terminaient cette plantation.

Je jugerai maintenant cette idée un peu folle, mais elle a été efficace. Restait à peindre le tapis, ce que j’ai fais, seul dans mon garage à l’aide de bombes de peinture à voiture, et à l’étendre à l’air pour respirer un peu. Je suis toujours allé au bout de mes idées, plus par entêtement que par volonté. Et puis nous n’étions pas fortunés ; la maigre subvention de la mairie de Mougins ne nous permettait pas de fantaisie luxueuse.

Les répétitions  se sont déroulées dans un climat chaudement amical. Nous sommes allés jusqu’à répéter tout un week-end dans une campagne. C’était drôle, décontracté, insolite de se retrouver ensemble à petit-déjeuner-déjeuner, au sortir d’une nuit, chacun dans son dodo, après une veillée de chansons, en refaisant le monde.

L’adjoint à la culture de Cannes, mon ami et cardiologue le docteur Paul Simonet nous avait obtenu la gratuité du théâtre du Noga-Hilton. C’est donc dans cette salle somptueuse que Passé-Présent a créé ses spectacles pendant quelques années qui sont pour la troupe des années de prestige.

La première représentation, aidée par la communication du service de la culture cannoise, a rempli la salle du Noga. Nous avons été couverts d’éloges et la recette a été bonne, suffisante pour que nous envisagions de faire un voyage.

Tous ensemble nous somment allés passer trois jours à Prague. Partis par avion, nous y avons retrouvé sur place Nicole Pils (toujours elle) qui avait préféré passer 12 heures dans un train, et qui au retour, avait trouvé original de perdre son billet. C’était exactement ce qu’on appelle  une emmerdeuse ; mais elle a eu beaucoup de succès en Miss Mockridge et il s’est révélé par la suite que le public l’appréciait. Cette échappée amicale et touristique a été la seule dans l’histoire de Passé-Présent. Qui s’en souvient encore aujourd’hui ?

2000-2001 SAISON 3   « Mais n’te promène donc pas toute nue ! » de Georges Feydeau

Il me semblait évident d’inscrire Feydeau au répertoire, et, bien entendu de commencer par « Promène « L’impact de « Virage » avait été important auprès des comédiens amateurs de théâtre dans les troupes de la région. Quelques uns sont venus se présenter. J’en avais retenu deux : Pierre Constantin et Gilles Gauci.

Ils allaient trouver leur place dans la troupe et en devenir des éléments  importants.  Gilles beau mec, du bagout, de l’entregent, que j’allais appeler un peu méchamment « Le Glaïeul. Ce surnom va lui rester, Pierre, une voix, une présence certaine, un physique rond, un vrai personnage.

Une amie m’avait fait rencontrer son locataire Claude Licard, retraité, avec lequel j’avais noué une solide amitié. Il avait fait toute sa carrière chez le couturier Saint-Laurent ou il gérait le Studio et les licences. Très distingué, très amateur de comédies musicales, nous étions allés passer quelques jours à Londres pour voir, entre autres « Le Fantôme de l’opéra », « Sunset Boulevard, » et le merveilleux « Swann Lake » Je lui ai proposé d’essayer de jouer la comédie. C’était son rêve, il a accepté avec joie.

Le décor était réduit à sa plus simple expression : des rideaux drapés autour de la porte et de la fenêtre utilisés déjà dans « Virage », pas d’achat de costumes sinon la chemise de nuit transparente  et le gilet de domestique. J’avais, comme toujours, confectionné le chapeau de madame insolite et drôle.

Sylie Bricca avait obtenu un joli succès personnel dans les « Huit femmes »  et bien que sa nature réservée et sa condition d’institutrice soit à l’opposé du rôle, je décidai de faire un essai qui fut concluant. Le casting était complet, et la troupe commençait à se former!

Nous avons joué « Promène « dans presque tout le département, et de ce fait, une petite subvention du conseil général est venue s’ajouter à celle de la  mairie de Mougins. Le spectacle commençait par un montage des répliques les plus misogynes de Sacha Guitry, ce qui préparait le spectateur à cette longue scène de ménage qu’est la pièce de Feydeau. Six femmes, cinq hommes, la troupe pouvait maintenant envisager un répertoire plus important.

SAISON 3 bis « Le plaisir de rompre »  de Jules Renard

Comme Chantal Rivoire et Eric Louis n’étaient pas distribués dans Feydeau,  je ne  voulais pas qu’ils se sentent abandonnés. J’ai donc monté pour eux le joli petit acte de Jules Renard qui suivant les représentations pouvait compléter la soirée. C’était un bon exercice pour l’un et l’autre. Cette rupture d’une femme et de son amant plus jeune qui la quitte pour se marier (elle aussi) permet d’exprimer toute une gamme de sentiments, de la fantaisie à l’amertume, du cynisme à la tristesse. Ils s’entendaient bien tous les deux, et avaient du plaisir à travailler ensemble. Le résultat a été très sensible et apprécié du public. J’avais pour terminer rajouté quelques notes du 2ème concerto de Chopin qui accompagnait le baisser de lumière et la chute lente du rideau, ce qui rajoutait à l’émotion et plaisait aux dames. Chantal avait beaucoup de succès.

2000-2001  SAISON  4  « L’inconnue d’Arras »   d’Armand Salacrou

Je devais avoir 19 ans, et j’étais figurant à la Comédie-Française, comme bien d’autres étudiants en art dramatique. Foin des « Cyrano », des « Reine morte » ou « Lucrèce Borgia » c’était dans « L’inconnue d’Arras » que nous avions été sélectionnés pour la mise en scène de Gaston Baty. J’avais une admiration sans réserve pour lui qui m ‘avait, à 12 ou13 ans ébloui par sa  réalisation de « Lorenzaccio ».

L’audace de sa mise en scène, dans les lumières croisées des projecteurs à la face qui créait sur l’immense escalier de velours noir un brouillard étrangement poétique était pour moi un enseignement précieux. Les personnages multiples, un peu fantomatiques, apparaissaient dans l’espace, à des hauteurs différentes. Ils étaient tous vêtus de costumes dans des gammes de gris. Seule, la femme du héros était vêtue d’une robe blanche éclatante.

La pièce commence par une chanson et un coup de revolver, le héros se suicide et va revoir toute sa vie avant le rideau final. Ce n’est pas une pièce facile, mais elle est fascinante. La mise en scène, plus que l’interprétation pourtant magnifique des acteurs du français, m’avait tellement impressionné qu’elles faisait partie de mon panthéon personnel.

La monter avec la troupe s’est imposée à moi. D’abord j’ai demandé les droits ; ils m’ont été refusés parce que Michel Sardou souhaitait monter la pièce à Paris. On me les a enfin accordés un mois plus tard, par téléphone alors que je marchais dans la rue d’Antibes. Quel bonheur ! Il m’a fallu ensuite convaincre les acteurs de l’étrangeté de leurs personnages. Monter une pièce sur la mort et les souvenirs était un véritable challenge.

C’est Alain Demaret que j’ai choisi pourrait être Ulysse, le personnage principal. Trahi par sa femme il se suicide ; il revoit les femmes qu’il a aimées, les amis qui l’ont trahi, la nounou de son enfance. Son père et son grand-père, mort à 20 ans à la guerre de 1870, vont l’aider à se souvenir. Apparaîtra alors la jeune inconnue rencontrée à Arras, pendant un bombardement, et qui gardera tout son mystère.

J’avais beaucoup hésité à confier le rôle de la femme frivole et coquette à Stéphanie que je trouvais trop jeune .Je ne voulais pas lui faire de peine, elle en a convenu. Gilles Gauci m’a alors présenté Gisèle Pou, une comédienne pleine de talent, et de sensibilité, qui allait prendre une place importante dans la troupe. Pierre Constantin allait jouer le rôle du valet de chambre confident et maitre de cérémonie. Nous n’avions personne pour jouer le grand-père, qui a 20 ans et revient dans son uniforme de la guerre de 1870. Je suis allé à l’école d’acteurs de Cannes,  et trouvé un jeune comédien, roux flamboyant, qui accessoirement posait pour des spots publicitaires. Tony Cousin contacté pour jouer le mendiant s’étant révélé insuffisant, j’ai confié le rôle à un grand et jeune garçon qui à la fin des représentations est parti pour Paris afin de travailler dans l’équipe d’Ardisson ? Chantal Rivoire allait jouer Madeleine, le grand amour d’Ulysse, qui surgira du passé chargée de lilas blancs, et Florence Pageaut une jolie danseuse, était la belle inconnue ; Joèlle Janin la jeune abandonnée au ruban bleu, et enfin Nicole Pils  serait la nourrice (comme d’habitude elle nous a fait beaucoup rire aux répétitions car elle a été longue à comprendre que le grand père était plus jeune que le père). Le casting était complet avec Caude Licard  et Gilles Gauci (le père et le faux ami).

Je me souvenais des indications de Gaston Baty, j’avais dans l’oreille ses suggestions. Cela m’a beaucoup aidé. J’avais peint sur des tulles noirs, une ville vaguement en ruines, et les robes des actrices ont été réalisées d’après mes croquis au lycée des coteaux.

L’étrangeté de la pièce a beaucoup surpris, mais beaucoup intéressé aussi. Une somptueuse critique dans « Nice Matin » nous a tous ravis et rassurés.

Ç’a été un grand  succès, et le montage ce cette pièce m’a été particulièrement chaud au cœur, puisque je partage cette réplique de Salacrou :  » Sur la terre un homme sans souvenirs est un homme perdu »

2001-2002 SAISON  5  « La petite hutte » d’André Roussin

Une importante intervention cardiaque m’avait mobilisé pendant plusieurs semaines, et c’est fatigué et convalescent que j’ai repris le rythme des répétitions.

Pendant ma convalescence j’avais pensé  proposer à la troupe une reprise de « La petite hutte » d’André Roussin. Je pensais que l’évolution des mœurs actuelles actualisait le thème de cette pièce qui est le partage consenti d’une épouse un peu frivole entre trois personnes, le mari, l’amant et un troisième larron qui se trouve là, être un noir, puisqu’ils sont censés être rescapés d’un naufrage sur une ile inconnue, sans ressources autres que de se partager une petite hutte qu’ils auront fabriquée avec les moyens du bord.

A la création à Paris la pièce avait fait un petit scandale, mais s’était jouée plus de 600 fois dans le même théâtre, avec Suzanne Flon, Fernand Gravey et l’auteur.  Elle ne  risquait plus de choquer à notre époque de grande liberté sexuelle et retrouvait ainsi une amusante actualité.

Stéphanie n’était pas libre, c’est Sylvie Bricca qui endossa le rôle après sa prestation brillante dans « Mais n’te promène pas toute nue ». Alain Demaret sera le mari, Serge Gauci sera l’amant. Le trio principal étant formé, restait à trouver un comédien de couleur qui accepterait de jouer un rôle court, pratiquement nu, seulement habillé de quelques feuilles,  de colliers d’os et de plumes d’oiseaux. Ce ne fut pas une chose facile C’est Éric Sousseing, cuisinier de son état qui accepta d’être « celui qu’on attendait pas »

Le  décor était coloré et végétal plein d’oiseaux multicolores,  la mer, au loin, été faite de sacs-poubelle bleus éclairés par un projecteur. La fameuse petite hutte avait été construite par Bruno, dit La Bête qui à partir de cette production s’occupera de tous nos décors. Nous nous sommes beaucoup amusés avec Sylvie à lacérer une robe du soir que nous avions trouvée en solde pour trois sous. Les habits et smokings des deux hommes avaient été trouvés à la Croix-Rouge.

Nous avons fait la création au petit théâtre du « Centre universitaire international de Cannes », très intimement chaleureux, puis à la Licorne. Le spectacle étant facile à transporter, nous l’avons joué un peu partout. À Roquebrune Cap Martin sur le rocher face à la mer, comme chez Pierre Cardin, le plein air convenant particulièrement au spectacle.

Le seul problème est que le reste de la troupe restait inemployé, il fallait remédier à cela. L’atelier d’élèves que j’animais alors demandait que la «troupe en formation » soit occupée.

2001-2002 SAISON  6  « La Bonne soupe »  de Félicien Marceau

La Bonne Soupe, (entendez par là «Par ici la bonne soupe ! »), allait nous en donner les moyens. Chantal et Stéphanie allaient avoir des rôles importants qui les mettraient en tête de distribution. Comme toujours  chez Félicien Marceau, le casting était important.

Ce long flash-back d’une femme, qui toute son existence a eu « peur de manquer », et voit  se dérouler sa vie auprès d’une table de jeux d’un casino, demandait une distribution importante dans des décors multiples. Elle raconte au croupier les vicissitudes d’une vie difficile où les hommes ont été les  pions et les éléments d’une montée certaine vers la fortune. Si Marie-Paule sera Chantal, elles seront deux, car Stéphanie prendra l’apparence de sa jeunesse, elle sera son double.

J’en avais eu l’idée en rangeant à la cave de vieilles éditions des « œuvre libres ». Cette pièce crée par Marie Bell et Jeanne Moreau avait eu tellement de succès qu’on en avait fait un film. Elle n’avait pas été jouée depuis sa création. Je tenais  là le sujet que je cherchais.

Pierre Constantin sera le croupier, Gilles Gauci, Claude Licard et Alain Demaret seront  les amants successifs. Il m’en manquait deux. Nous allions rapidement les trouver, la renommée de la troupe commençait à décider les candidats comédiens amateurs à se présenter. L’un garagiste, l’ami d’un journaliste ; l’autre agent immobilier, ont été les dernières recrues, mais ils n’allaient pas persévérer ni l’un ni l’autre. Sylvie Picat et Joëlle Janin et une nouvelle venue, consentirent à animer  trois rôles courts ; l’ineffable Nicole Pils assurerait sa dernière prestation dans la troupe.

Pour ma part j’étais un peu anxieux. Je ne m’étais jamais confronté à diriger tant de monde à la fois, d’autant plus que la multiplicité des décors était un problème. J’avais fait peindre un grand tulle chez « Big Image System’s »  qui pendant toute la pièce était censé représenter l’intérieur d’un casino. Un tapis vert avec une roulette occupait, inamovible, une place à la face, côté jardin.

Côté cour, une légère construction mobile véhiculait des éléments stylisés, quelquefois projetés. Laurent Arnaudo, nouveau venu au cours-atelier,  s’offrit de m’assister. Je lui en sûs gré, il est encore là aujourd’hui. Les robes étaient réalisées par le lycée des coteaux. La direction ayant changé, ce sera la dernière fois. Comme Hitchcock, Je me suis amusé à jouer une silhouette d’un riche Yatch-man, au tout début et à la fin. C’est lui qui partira avec Marie-Paule, lui offrant la perspective d’une vie nouvelle. Longtemps après, Chantal m’a avoué que, juste avant le lever du  rideau, terrifiée et paralysée par le trac, craignant de ne plus savoir un mot de son texte, j’avais été très dur avec elle« Vous m’avez scotchée » m’a t-elle dit. La salle du Noga était pleine. Avec Stéphanie, elles se sont partagées un grand succès. Vu l’ampleur du spectacle, on l’a malheureusement peu joué ensuite.

2003 – SAISON 7   « La Ronde » d’Arthur Schnitlzer

Etait-ce une bonne idée de monter « la Ronde  » qui fait partie du grand répertoire théâtral quand on est une troupe d’amateurs ? Les années passées, je n’en suis pas sûr. Si j’avais respecté à la lettre le texte de Schnitzler, j‘allais refuser d’en voir la violence et le prolongement médical. Il en est de bon ton, de nos jours, d’imaginer la syphilis derrière tous ces accouplements successifs.

Très admirateur du film de Max Ophuls, qui affichait une distribution éblouissante, je n’avais voulu y voir que l’enchaînement agréablement pittoresque, qui du soldat, à la fille de joie, reviendra à la fille et à l’officier en passant par toutes les couches de la société. Avec la musique d’Oscar Straus, que Alain Demaret chantait en maître de cérémonie, j’y avais même rajouté un petit couplet d’Offenbach, pour annoncer la scène du restaurant. Un couple de danseurs de l’école de Rosella Hightower complétait les intermèdes musicaux. J’avais privilégié le charme des rencontres, comme dans le canevas d’une comédie musicale. Était-ce une erreur ? Rien dans le texte ne tente à prouver autre chose que l’impossibilité de la sincérité des amours entre les hommes et les femmes en dehors de l’acte sexuel, qui doit être très déshabillé à la fin de chaque tableau.

Cela m’était impossible, alors que maintenant la nudité n’effraie plus personne sur les plateaux, même à la Comédie-Française. Le décor de base était celui de « La Bonne Soupe » et les robes » celles de « l‘inconnue d’Arras ». Un petit théâtre symbolique, au centre du plateau, servait de cadre aux rencontres amoureuses  diverses.

Nous avons joué la ronde au Noga-Hilton par une chaleur accablante. Mais, hors Mougins, ce fut pratiquement sans suite. Je ne suis pas sûr qu’on ait remporté le succès que ce long travail, et l’attente des journalistes et du public nous laissait espérer. Si les six femmes étaient des comédiennes de la troupe, trois comédiens extérieurs nous avaient rejoint.

Ils allaient nous quitter dès la fin du spectacle. Seuls Romuald Rodriguez-lopez, et  Johan Shies allaient demeurer avec nous quelques années. Gisèle Pou était savoureuse en bourgeoise adultère, elle interprétait très bien ses deux scènes ; et Stéphanie était une aguichante prostituée. Tout ce beau monde jouait de tout son cœur, et avec talent, mais je pense maintenant que cette pièce demande des artistes confirmés, ce qu’en terme de métier on appelle des pointures . Elle fait partie du répertoire mythique du théâtre. Est-elle un bon sujet  pour nous ? Des années après je m’interroge ? En toute honnêteté je pense que non.

SAISON 8   Spectacle Jean Cocteau

Je n’aurais pas imaginé de monter « La Voix humaine » sans Gisèle Pou ; mais elle rêvait de la jouer. Ce long monologue est la rupture, au téléphone, d’une femme avec son amant ; cela demande une grande sensibilité. J’ai voulu lui faire plaisir. Je ne pensais pas que ce serait la fin de notre collaboration. Il en est ainsi, être chef d’une troupe de Théâtre amateur nous oblige parfois à sacrifier à des égos souvent disproportionnés. Mais en soi l’idée n’était pas si mauvaise d’inscrire Jean Cocteau au répertoire de matinées poétiques, et il y avait un public pour ça.

Il fallait cependant étoffer le spectacle qui aurait été trop court, « La Voix humaine » ne dure que 45 ou 50 minutes. Je décidait donc de le compléter par « L’école des veuves » et de le faire précéder par un montage de répliques du poète, suivi par le poème » Le Menteur ».  Ainsi toute la troupe serait concernée.

Sylvie Bricca a décliné l’offre de jouer la Veuve, je l’ai proposé à Chantal qui s’y montra drôle et très belle. Nicole Pils  était la nourrice et Laurent Arnaudo, pratiquement nu jouait le garde. Nous nous étions amusés à courir les sex–shops pour lui trouver une tenue, qui en définitive s’était terminée par quelques lanières de cuir,  style sado-maso  du plus bel effet. C’est Romuald qui disait  le poème « je suis un menteur qui dit la vérité » tout allait pour le mieux…

Le tombeau de «L’École des Veuves » était fait de cartons de déménagement peints en blanc, et assemblés en cercle autour du buste du défunt, un feu électrique rouge soufflant des petits morceaux de  mousseline orange, créait un feu plus vrai que vrai, et Simone Simon jouait la sœur follette de la veuve.

L’ensemble du spectacle avait de la tenue, « La voix humaine » bénéficiait d’une jolie lumière de stores vénitiens. Mais le public n’a pas adhéré. Gisèle, un peu caractérielle m’en a tenu responsable. Peut-être que je l’étais. Elle a quitté la troupe.

Un coup pour rien !

2004 – SAISON 9   «  Le Roi » de Flers et Caillavet

Dans une de mes activités télévisuelles, j’avais croisé Jean Denis Vivien dans les coulisses du théâtre Marigny où il était l’assistant de Roger Harth. Nous nous sommes retrouvés, 20 ans plus tard, à un cocktail municipal donné en l’honneur du retrait de Rosella Hightower.

Il demeurait près d’Avignon, mais il était venu assister à presque tous les spectacles. Nous avons nourri alors une amitié solide, étayée par des souvenirs communs de comédiens disparus et un gout certain pour les opéras.

Conforté par le succès de « l’Inconnue », puis de « A la nuit », j’envisageais un spectacle plus important en nombre de comédiens. Mais, vers quoi se diriger? Dans mes souvenirs de jeunesse il y avait « Le Roi » de Flers et Caillavet.

J’étais alors figurant à la Comédie-Française et je me souviens fort bien de cette pièce, la seconde mise en scène de Jacques Charron, habillée par Pierre Balmain, ou Louis Seigner, Maurice Escande, Vera Korène et Renée Faure, (surprenant casting) faisaient merveille.

Nous étions tous alors en gardes républicains sur le grand escalier pour l’entrée de M. Escande, dans la soirée donnée en l’honneur du Roi, et ensuite en invités pour le départ de la chasse. J’avais gardé de ce spectacle un souvenir particulier des robes de Vera Korene qui jouait la comédienne avec beaucoup d’éclat. Je décidais de me mettre à la recherche de l’important casting ; ce n’était pas simple.

La  pièce qui relate les démêlés conjugaux et sentimentaux d’un homme politique dont la femme et la maîtresse vont tomber sous le charme d’un roi en visite protocolaire, demande des acteurs qui ne soient pas de toute première jeunesse (exemple : aurait-on l’idée d’un président du conseil de 30 ans ?) Il fallait donc recruter des comédiens ayant l’âge des rôles.

Nous avons dû faire appel aux autres troupes de la région, pour trouver 4 comédiens  suffisamment âgés. Celui qui allait rester longtemps avec nous, se nommait Claude Ygouf. Retraité passionné de théâtre, il devait prendre dans la troupe, pendant plusieurs années, une place prépondérante.

Si Gilles Gauci était le député socialiste, « la bricca » avait joué sa femme Youyou, Chantal la star sa maitresse, Stéphanie et Joëlle seraient les petites grues de service, et Caroline Aigrot sa fille peu nunuche, Romuald son secrétaire et Alain le marquis, son rival en politique dont le fils serait Johan . Le reste de la troupe aurait des fonctions diverses.

Restait à trouver qui serait « le Roi ».

C’est alors que j’ai pensé que Jean Denis pourrait jouer ce rôle « avec l’accent » ; il en avait la carrure, le charisme, l’humour et le talent.

Et les répétitions ont commencé dans l’enthousiasme. Pour le décor, j’avais décidé que le sol serait tricolore ; c’est donc sur une moquette en trois panneaux bleus blancs et rouges, que les éléments roulants du décor ont circulé. Les robes 1930 ont été réalisées au lycée professionnel » des Coteaux » malgré une nouvelle direction qui n’a pas été aimablement coopérative.

Nous avons fait la création de ce spectacle dans la salle » Europa » de Mandelieu, vaste et difficile, avant de retrouver à Cannes l’espace Miramar qui deviendra notre théâtre privilégié.

Ce fut un beau succès,  de public  et de presse qui appelait une reprise ;  mais après cela, la troupe allait éclater. Certains éléments (et pas des moindres) allaient nous quitter, pour répondre à l’appel de Gilles Gauci qui voulait créer sa propre troupe.

2005 – SAISON 10   « N’écoutez pas Mesdames ! » de Sacha Guitry

Ce départ, avec ce vague parfum de trahison, changeait l’avenir de la troupe. J’avais envisagé de monter une pièce dont j’avais fait le décor au théâtre Saint-Georges, « l’Arc de Triomphe ». J’en avais demandé les droits à Marcel Mithois qui me les avait gentiment accordés. Les brochures étaient prêtes ; le départ de Gauci et surtout de Sylvie Bricca ont annulé ce projet (ne devait-on faire avec le cheptel » comme se plaisait à dire Jacques Marin). Il fallait trouver un autre sujet. Je pensais à la pièce de Guitry « N’écoutez pas Mesdames », une de ses pièces les plus misogynes et les plus populaires. Alain Demaret serait l’antiquaire, et Chantal, l’inénarrable Julie Billenbois  l’ancien modèle de Toulouse-Lautrec. Elle devait remporter un petit triomphe avec ce rôle Je jouerais quelquefois le vieux vendeur, avant de le laisser au vieux comédien qui jouait le président du conseil, dans » le Roi «. Alain Filloux sera le coursier, et Roland Maussi le galant baron. Restait à trouver la jeune femme, la maîtresse, et son amant.

Il y avait dans le cours, une élève, jolie femme, un charme certain, et très décorative. Elle a demandé à l’un de ses amis, transfuge du théâtre Alexandre III, de jouer, et très bien, le troisième larron. Pascale et Richard se tailleront eux aussi un joli succès personnel.

Une jeune institutrice allait être la jeune femme  infidèle. Après quelques représentations elle abandonnera son rôle à Stéphanie qui le jouera pendant de nombreuses fois, car le spectacle sera un grand succès. Le conseil général nous avait acheté cinq représentations, c’était le pactole.

L’année 2005 était un bon cru,  et les finances étaient florissantes.

2005 – SAISON 9 « A la nuit, la nuit… » de François Billetdoux

C’est à la bibliothèque de la médiathèque de Cannes que je suis tombé par hasard sur cette pièce que je ne connaissais pas. À la lecture, il m’a semblé évident que c’était là un rôle pour Chantal Rivoire. Les images de son visage se superposaient au fil des pages.

L’étrangeté de la pièce, sa profondeur, ce dialogue insensé entre cette prostituée marseillaise et le client bizarre qui ne veut rien d’autre que parler de lui (il s’appelle Benoît) m’ont littéralement emballé. La fin inattendue et tragique, insolite jusqu’à la dernière réplique, ont fait que j’ai signalé tout de suite à Chantal le parti que l’on pouvait en tirer. Pour moi, il y avait l’occasion de diriger deux comédiens dans les limites les plus obscures de leurs personnages. C’était une approche passionnante de leur travail et du mien.

Nous étions très proches l’un de l’autre, à l’époque, avec Chantal. Nous le sommes toujours 20 ans après, mais les situations ne sont plus aussi fortes, il y a eu quelques tensions. Restait à convaincre le comédien qui jouerait Benoît. Je trouvais Alain Demaret  trop séduisant pour le rôle. Je rêvais d’un type falot, au physique plus banal, genre Michel Blanc. J’avais en outre beaucoup habillé à la télévision, celui qui l’avait créé, Jean Bellanger, qui était le type même de ce personnage au physique ingrat, maigre et drôle, le type même que l’on peut imaginer à rêver sans danger. À défaut de le trouver, j’ai proposé à Alain de le composer ce qu’il a fait. Il est devenu impressionnant et son talent a fait le reste.

Tous les trois, nous avons beaucoup travaillé ensemble sur ce texte, d’une tension extrême. Ils ont pris, je crois un plaisir à jouer ensemble, et sont devenus les superbes interprètes qu’il fallait. Je pense que Chantal a rencontré là le rôle de sa vie, et Alain n’a jamais été meilleur.

Nous avons beaucoup joué cette pièce, et partout le public a été conquis et interloqué. Certains ont voulu y voir une étude psychanalytique intéressante, et nous avons eu une critique superbe.

J’avais fait précéder le spectacle un peu court, par des chansons de marins, chantées par Gil Aigrot qui sortait d’enregistrer les chansons du film sur Édith Piaf « la Môme ». La pièce commençait par la chanson de Juliette Grèco « Au Jour le jour, A la nuit la nuit…

Une subvention inattendue de la ville de Mougins, obtenue par l’adjointe à la culture, Madame Laurière,  nommée au conseil général, nous avait permis de construire le décor d’une mansarde pittoresque. Je veux oublier le voyage insolite et inutile fait à Houlgate avec un contrat imprécis. J’étais très fier de ce spectacle, et je regrette que les contacts pour le jouer à Paris n’aient pas abouti. La femme de l’auteur décédé m’a envoyé un très joli courrier de remerciement.

Cela reste un très joli souvenir dans les annales de la troupe.

SAISON 10  « Le Fauteuil à bascule » de Jean-Claude Brisville

Nous avions été contactés par une troupe de St Laurent du Var, pour une sorte de co-production, du « Fauteuil à bascule »  la belle pièce à 3 personnages de JC Brisville qu’allait jouer Claude Ygouf, dans le but d’ouvrir le spectacle à la ville de Cannes.

Le problème de la retraite des cadres y  était évoqué d’une façon intéressante et sensible C’était à Paris une belle interprétation de Henri Virlojeux. Le deuxième rôle important était à sa création, joué par Gérard-Philippe Sellés, un comédien un peu difficile, à l’égo surdimensionné, qui allait abandonner son rôle à Alain Filloux qui prenait là ses galons à Passé-présent. Cela justifiait notre participation.

Le jeune homme était, dés le début distribué à un élève de chez nous, Serge Frigério. J’en avais dessiné le décor. Le metteur en scène était un habitué des prestations et un ami de Claude Ygouf. Ils devaient se brouiller à l’issue du spectacle. Claude non plus n’était pas un d’un caractère facile Nous sommes  allés jouer cette pièce au Festival de Narbonne et obtenu le prix de la critique.

SAISON 11  « Mots pour rire » Textes de Tardieu, Ribes, Dac, Gourio, etc…

Comme souvent, je traversais alors une période  d’abattement ; de déprime.  Je redoutais de m’engager dans un projet que je ne concrétiserais pas. J’étais anxieux de décider de quoi la saison serait faite

J’ai alors écouté la proposition de Jean- Denis Vivien, il se proposait de monter un spectacle qui se voulait drôle, et qui l’était sur le papier, un montage de textes réunis sous le titre « Mots pour rire ». Il en assumerait la mise en scène, des décors et les costumes.

Ce spectacle fut répété et monté dans la joie d’une nouvelle approche, d’un autre répertoire. Hélas de rires, il y en eu peu.

Malheureusement, ce qui nous amusait, dans certains de ces pastiches qui  étaient très drôles pour nous qui en savouraient la dérision, n’eut qu’un succès relatif auprès du public cannois traditionnel.

Certains textes ont jeté le trouble, la confusion. Ils ont parfois choqué.

Certains habitués m’ont même fait des reproches : comment avez-vous pu accepter cela ? Pour tout dire, je me suis fait engueuler.

C’était le premier faux pas entre Jean Denis et moi. Cela a été un échec qu’il fallait vite faire oublier.

SAISON 12  « La Folle de Chaillot » de Jean Giraudoux

L’arrivée de Claude Ygouf avait apporté des perspectives nouvelles. J’étais allé le voir jouer « Sarah et le cri de la langouste ». Il m’avait fait alors très impressionné en reprenant le rôle crée par Robert Hirsch. Je décidais de frapper un grand coup, et proposais « la Folle de Chaillot » avec Helène Duc dans le rôle titre, ce qui allait m’ouvrir l’aide du service culturel de la ville de Cannes. Je révélais ainsi à tous, mon amour de Giraudoux.  Je souhaitais que Hélène Duc l’accepte. Je l’avais souvent habillée à la télévision, et sa fille habitait Mouans Sartoux ; après avoir beaucoup hésité elle refusa, vu son grand âge. (Elle avait alors 92 ans) Avais-je confusément alors envisagé de confier le rôle à Chantal ? Peut être, mais je ne lui en avais pas parlé ;  à la relecture du texte je la trouvais plus proche de la « Folle de Passy ». Cependant je crois qu’elle en a été un peu blessée.

C’est alors que Claude Ygouf me présenta à Monique Letitre. Elle était physiquement idéalement  le personnage, nous avons sympathisé tout de suite. Hélas, je devais m’inquiéter très vite ; sa mémoire lui faisait défaut. Je devais continuer à lui laisser le rôle. Je n’aurais pas dû, et ne tarderai pas
à le regretter. Les trois autres folles étaient Chantal pour la Folle de Passy; Françoise Grandvoinet,     (que Laurent Arnaudo m’avait présentée), était une superbe Folle de la Concorde. Restait à distribuer la Folle de Saint Sulpice, qu’en fin de recherches, je confiais à Claude Prosper notre trésorière. Claude Ygouf  allait être le chiffonnier,  Stéphanie la plongeuse, et Nicolas Olivier, le sergent de ville.

J’avais un moment envisagé de jouer le rôle de l’égoutier. Mais, pris par la mise en scène, j’en suis venu à penser à Roland Maussi qui, avec un rat postiche sur l’épaule, a été tout à fait convaincant.

Jean, le jeune candidat au suicide, du pont  de l‘Alma, aurait les traits de Matthieu, jeune élève de 20 ans de Monique Letitre, qui commençait avec ce rôle, une longue période de jeune premier dans la troupe. Il s’y révèlera alors à un comédien plein de fantaisie, d’humour, et en même temps de sensibilité. Nous avions vu également arriver Alain Filloux qui était venu pour jouer une  silhouette d’évêque dans le Roi, et qui allait demeurer des années jusqu’à interpréter les rôles les plus lourds.  Jacky Mellano, amené par Pierre Loiseau pour un rôle muet, allait nous être d’un précieux secours en endossant le rôle de régisseur de plateau car  la distribution était importante dans deux décors impressionnants.

Il s’est passé un malentendu avec cette  pièce et le public. Les gens étaient venus pensant voir une comédie vaudevillesque. Ils ont été surpris d’entendre un texte poétique, et de voir une comédie un peu triste, la première en fait à traiter indirectement de l’écologie, sorte de fable énorme, burlesque et baroque qui oppose le peuple des égouts de Paris au mercantilisme des promoteurs en recherche de pétrole. Bizarrement les recettes ont été excellentes, parmi les meilleures enregistrées par la troupe.

SAISON 13  « La Dame de chez Maxim’s » de Georges Feydeau.

Pour redresser le tir, il fallait un grand Feydeau, mais lequel ? Je rêvais depuis longtemps à « la Dame de chez Maxim‘s », lointain souvenir de mes années de jeunesse où j’avais été engagé au théâtre Sarah Bernhardt pour une saison. Je devais entre autres choses, y doubler le jeune duc, dans « la dame » (je ne l’ai d’ailleurs jamais joué)

Mais envisager de monter cette pièce sans avoir l’interprète du rôle principal est une aberration. Qui serait la « môme crevette » ? Sans avoir l’oiseau rare capable de l’assumer, inutile d’y penser. Chantal me conseilla de voir une de ses amies, je la rencontrai. Ce fut un choc !

Elle était, ô combien séduisante, de la  gaité, de l’aplomb, et de plus chanteuse avec une silhouette de danseuse. Après la lecture d’une scène, j’étais sous le charme, j’avais trouvé ma « crevette ». Izabelle Mussel a joué le rôle, mieux que bien des professionnelles : elle avait l’entrain, la gouaille, mais sans vulgarité. Ça a été bonheur que de la voir évoluer et semer le désordre, avec le célèbre »Et allez donc, c’est pas mon père ! » Claude Ygouf à côté d’elle, a joué le « Docteur Petypon » à merveille, c’était son meilleur rôle. Jean Denis était un Général truculent et Alain Demaret, un Mongicourt parfait.

C’était un gros casting de 15 personnes, et une pièce lourde. Mais grâce à l’entrain du couple vedette, nous avons rempli les salles. Un point noir cependant, « Madame Petytpon » n’avait pas un sens du comique suffisant. Si elle en avait le mouvement, nous avions une coquette là où il aurait fallu un clown. Dommage ! Chantal jouait « Madame Vidauban » la pseudo parisienne, avec assurance ; les militaires, les dames provinciales, le curé, la duchesse, tout le monde, s’est totalement investi et s’entassait avec gaieté sur le plateau. Johan Shies jouait le petit duc avec toute la niaiserie voulue et Caroline Aigrot composait une fiancée joliment délurée.

Le spectacle était brillant. Pour les décors successifs j’avais utilisé encore une fois les éternels roulants. Que ce soit à l’envers ou à l’endroit, ils présentaient des décorations différentes. Pour les costumes, nous avions loué la robe de cancan de la môme ; quelques uniformes, et les robes des femmes avaient été transformées après des achats chez « toto soldes », par Suky Ricatti qui allait devenir la petite main de la troupe.

L’ensemble avec une certaine apparence de luxe ce qui me semblait toujours important pour les spectacles de Passé-Présent. L’ensemble des représentations s’est terminé au festival de Mandelieu en plein air, devant le château, encore une fois en décors naturels.

Marie-France Rondo état venue me rejoindre et m’aider dans les répétitions en prenant les notes, en fidèle scripte et Jean Denis Vivien qui avait vendu sa maison, s’installait à Cannes pour s’occuper du cours–atelier. TOUT allait bien. Mais pour combien de temps ?

SAISON 14  « Le Soldat et la Sorcière » d’Armand Salacrou.

Je pris alors conscience qu’une troupe importante aussi bien équipée en talents et en matériel, allait représenter une chance et un danger. La chance était de pouvoir mettre en œuvre les projets qui me tenaient à cœur, d’exorciser, en quelque sorte, le souvenir de ce qui m’avait ébloui pendant mes jeunes années, et auxquels je pensais comme un passé  révolu. Je justifierai ainsi le thème de la compagnie : redonner vie à répertoire qu’on ne jouait plus : Passé présent. Le danger était que tant de talent divers, tant d’égos multipliés, souhaiteraient, un jour ou l’autre, s’affranchir d’une discipline, qui sans vouloir être autoritaire, serait contradictoire. Je vais ainsi apprendre à mes dépends qu’on n’ignore pas que les égos maltraités peuvent détruire les amitiés les plus solides.

Qu’est-ce donc qui m’avait tellement impressionné, à 17 ans, au théâtre Sarah Bernhardt, était-ce les décors et costumes de chapelain Midy, ou le charme de Sophie Desmarets qui débutait avec Pierre Renoir, dans une mise en scène de Charles Dullin ? La pièce n’a pourtant pas été un triomphe.

La présence d’Izabelle Mussel me donnait le courage de monter cette pièce qui raconte l’amour impossible du Maréchal de Saxe pour Justine Favart fidèle à son mari, compositeur d’opéras. Elle commence à la bataille de Fontenoy pour se terminer au château de Chambord, rappelons que c’était le début du « Théâtre aux armées ». Avec tout le faste de l’époque Louis XV, c’est le spectacle le plus luxueux que la troupe ait  jamais monté. Izabelle a très bien traduit la rouerie, les caprices, la sensualité qui vont épuiser le soldat que jouera Jean-Denis Vivien. Il était physiquement, tout à fait le Maréchal de Saxe mais, là encore, j’avais été déçu par son interprétation. Par contre, Alain Demaret qui jouait Favart, était comme toujours, juste et émouvant, même dans les chansons.

Mais, surtout, il y avait une musique originale composée par Éric Breton, merveilleusement fidèle à l’époque et au sujet.

Encore une fois, j’avais fait appel pour les décors, au talent de Big-image system’s. Les tulles en toile de fond étaient superbes et applaudis. Particulièrement celui de la fin,  et du grand tableau représentant le Maréchal de Saxe jeune, derrière lequel apparaissait Laurent Arnaudo comme un reproche, pendant l’agonie du vieux.

Les costumes, les robes, avait été réalisés cette fois par le lycée professionnel d’Avignon, d’après mes dessins. Les comédiennes étaient somptueuses. L’arrivée de tous les personnages à l’avant-scène, au début de la pièce,  au son de cette musique impressionnante, dans la grande tente ōu se passait l’action du premier acte pendant la bataille, était particulièrement spectaculaire. Toute de la troupe avait été mobilisée, sauf Chantal qui avait refusé de jouer l’entremetteuse. Ce sera le début d’une discorde qui ne fera que se confirmer.

Encore une fois, les représentations au Miramar, après celles de Mougins, ne seront pas exploitées, il fallait trop de technique pour jouer ailleurs.

2008 – SAISON 15  « L‘Aigle à deux têtes » de Jean Cocteau.

L’ »AIGLE » était –il autre chose qu’un mélodrame magnifié par l’aura de Edwige Feuillère et de Jean Marais pour lesquels il avait  été écrit ? J’avais habillé la pièce à la télévision avec Claude Gensac et Gianni Esposito. J’en avais découvert alors toutes les ficelles. Là encore j’avais eu le bonheur de réaliser un de mes fantasmes de jeune homme. Mais il restait un peu inassouvi.

Je me souviens des petits matins glacés du château de Pierrefonds ou nous tournions en extérieurs, des colères de Claude Gensac  harnachée dès l’aube dans la robe décolletée du couronnement.

Je me suis dit qu’Izabelle et Matthieu pourraient à leur tour endosser « les panoplies » des amants maudits. , j’avoue avoir hésité, mais une lecture du troisième acte m’a décidé. Restait à craindre l’aspect sur le public. Izabelle serait » elle royale » ? Pas si sûr !

Izabelle était peut-être  plus une princesse perdue qu’une reine en majesté, mais le long monologue du 1er acte avec Stanislas était convaincant. Si Matthieu était aussi beau que romantique en costume tyrolien authentique, Stéphanie serait une Édih de Berg très convaincante. Nous avions pour jouer Villenstein un comédien professionnel Frank  Ravel, en transit entre deux rôles, doté d’une voix superbe, qui était idéalement le personnage. Alain Filloux en comte de Fœne était inquiétant à souhait, et Roland Maussi un mameluk aussi expressif que muet.

Eric breton m’avait permis de reprendre  l’imposante marche militaire qu’il avait écrite pour le soldat et la sorcière. Le tonnerre ponctuait comme il le fallait, le premier acte.

Je me suis lancé dans  l’aventure. Bien m’en a pris, ce fut un succès.

Nous sommes même allés jusqu’à Fayence ou le spectacle a été acheté 7000 euros pour deux représentations (matinée pour les scolaires et soirée).

Il y a bien eu quelques protestations dans la troupe pour dire que…. Je les ai attribuées à une sorte de jalousie ou d’envie. Mais l’atelier que dirigeait Jean -Denis permettait à ceux qui n’avaient pas de rôles de patienter un peu. (C’est vrai que les cours sont surtout faits pour attendre d’être distribué.)

Sinon c’est ou le départ ou la guerre.

Encore une fois Big-image–system’s m’avait été très salutaire ; les apparitions à travers les tulles ; le grand aigle à deux têtes qui tombait des cintres pour recouvrir le plateau à la mort des deux héros, était du plus bel effet.

Les robes, venues du lycée professionnel d’Avignon produisaient l’effet voulu.

La première scène, très joliment éclairée,  dans une lumière de crépuscule d’orage, et l’apparition de la reine en somptueuse  robe blanche, à travers le grand portrait du roi assassiné, a fait que la partie était gagnée. J’étais heureux d’avoir encore une fois, redonné vie à l’un de mes rêves. Mais j’avais maintenant 80 ans ; il fallait penser à transmettre la troupe, à déléguer.

SAISON 16   « Lunes de miel » Adaptation de Eric-Emmanuel  Schmitt, des « Amants terribles » de Noël  Coward.

Nous avions fait avec les quatre interprètes de L’ Aigle, un grand bout de chemin de travail, de compréhensions réciproques, de joies, d’angoisses, de partages, en  un mot , de tout ce qui forge une amitié, qui ainsi  renforcée permet le plaisir de se découvrir et de s’apprécier. Du drame, ô combien romantique de Jean Cocteau, à cette fantaisie élégante, joyeuse, et caustique du « Sacha Guitry anglais », comme on se plait à surnommer Noël Coward, l’écart était si grand qu’il y avait comme un défi à vouloir, tous les cinq, se retrouver dans une nouvelle aventure. J’ai eu envie de la tenter avec eux, car les années passées ensemble, m’avait appris à cerner leurs limites mais pas leur engagement qui était total. J’espérais qu’ils amèneraient sur des visages des spectateurs, le sourire complice de ces amants terribles dont « les lunes de miel « sont une autre traduction de Éric Emmanuel Schmitt. » Le premier acte se passe à Cannes, sur la terrasse d’un appartement de ces palaces de la Croisette, ou nos deux couples d’amoureux viennent passer leur nuit de noce.

Amanda et Eliot se sont aimés passionnément, mais, divorcés, ils sont venus refaire leur vie. Le destin va en décider autrement. Izabelle sera Amanda, Alain Filloux: Eliot. Stéphanie et Matthieu seront les nouvelles victimes de ces amants terribles, impossibles à vivre ensemble autant que séparés.

Ce fut un charmant spectacle, tous les quatre étaient heureux de jouer des personnages dont ils avaient l’humour et le charme. Les représentations se sont déroulées normalement au Miramar et dans quelques salles de la région. Par contre J’ai été déçu de m’entendre dire par le Docteur Frère, grand ordinateur des achats du conseil général pour les représentations d’été, alors que nous étions allés donner la pièce dans sa municipalité, c’est parfait, Catulle !

 – Alors le prenez-vous, pour cet été ?

  -Non !

SAISON 16  LA FONTAINE aux fables

Le conseil d’administration avait confié à Jean- Denis Vivien la nouvelle direction de la troupe. Nous avions décidé ensemble de faire un spectacle sur les fables de La Fontaine, dont l’idée avait prie naissance lors d’animations faites  dans le vieux village de Mougins. Il avait alors eu l’idée d’utiliser des masques d’animaux qu’il possédait, et de lier tout cela avec des décors simplifiés mais très amusants.

Ce spectacle a eu beaucoup de succès  pendant l’été, en plein air, et a permis aux comédiens de la troupe de ne pas se sentir exclus, car la grogne commençait à se manifester. Encore une fois, l’école de musique avait été sollicitée pour quelques chansons. Les costumes venait d’un stock important que l’ancien directeur du TBB nous avait donné. Le Théâtre Passé-Présent jouissait maintenant d’un matériel important en décors et costumes

SAISON 17  « Le Bourgeois Gentilhomme » de Molière et Lully

Explication d’un succès : C’est Jean-Denis qui a proposé de mettre en scène, de décorer d’habiller la pièce de Molière. Je n’en aurais pas eu envie. Je n’ose pas l’avouer, mais à part ces deux chefs d’œuvre indiscutables que sont « le Misanthrope « et « le Tartuffe »,  je ne suis pas fou de son œuvre, et particulièrement du « Bourgeois » que je n’aime pas.

Mais devant la satisfaction générale, je ne pouvais que m’incliner.

J’avais à la télé, habillé le beau film de Pierre Badel, ou Michel Serrault était un Bourgeois inattendu. Ce tournage m’avait laissé des souvenirs divers, des scènes en extérieurs au château de Nandy, ou de Fontainebleau, fort loin de chez moi. Bonjour les horaires et les kilomètres ! La turquerie avait été tournée au studio de Joinville, qui n’était pas non plus la porte à coté.

Le rôle titre était proposé à Claude Ygouf. Je ne pense pas que c’était là une bonne idée. Je l’ai trouvé triste et sans panache. Personnellement j’aurais plutôt vu Pierre Loiseau. Par contre Jean-Denis avait obtenu la participation de « l’école de danse de Rosella Hightower, » de « l’École de musique de Mougins » ; des producteurs de tissus et des ateliers du lycée ST Vincent de Paul ; on partait pour une grande production !

C’était le Bourgeois tel qu‘il est écrit, en comédie ballet, avec la musique de Lully,  pas moins de 25 personnes sur le plateau et des musiciens dans la salle.

Pour conjurer le sort qui m’a toujours fait détester le rôle du Maitre de Philosophie j’ai demandé à le jouer. Ce que j’ai ait fait tant bien que mal ! Autour de Ygouf toute la troupe était réunie, et c’est vrai que le spectacle a connu un petit triomphe

La salle du Théâtre de la Licorne était archi pleine, on a dû refuser du monde pour applaudir Chantal en Madame Jourdain, Izabelle rieuse Nicole, Romuald pittoresque Covielle, Alain Filloux intriguant Dorante, et Stéphanie et Matthieu en amoureux. Roland Maussy était un impressionnant Maitre d’Armes  tandis que Pierre Loiseau et Laurent Arnaudo se partageaient les maitres de Danse et de Musique et que Jacky Mellano faisait la folle en Maitre Tailleur.

Tous les danseurs avaient trois entrées Baroques, et «la turquerie »  somptueuse et drôle était présidée par le grand mamamouchi Jean-Denis en chaussures de drag-queen.

C’est vrai que le spectacle très réussi a beaucoup plu, et que les écoliers de Cannes et de Mougins n’ont pas boudé cette illustration luxueuse à leur programme scolaire. Ce devait être la seule incursion de la troupe, avec les fables de La Fontaine, dans le Domaine Classique, car ce répertoire demande des castings plus conformes à de qu’il y a souvent de disponibilités. (toujours faire avec le cheptel) J’aurais pour ma part aimé proposer un Musset, mais je n’ai jamais eu l’occasion d’envisager lequel.

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